mercredi 19 septembre 2007
France Telecom, ou le service cher servi chaud (2)
Par Touisteur EmporteuneVache Touisteur, mercredi 19 septembre 2007 à 22:59 :: Ecrits
Où en étais-je ? Oui, la téléphonite aigüe et purulente. J'ai tendance à perdre, à égarer facilement mon auditoire... Mon crachoir ? mon déversoir ? quelque chose avec un magnifique "-oir" phonétique qui se vulgarise par un "ouère"... mais voici mon habitude de l'insert qui s'instille entre les mots d'une introduction que je voulais didactique à l'usage d'un lecteur et ami fort désabusé qui s'est plaint vertement de mon entrée en matière imbitable... C'est que lorsque l'inspiration vient, et elle vient quand elle est la plus gênante : réunion, soutenance, ou lors d'une séance de pénétration d'huiles essentielle d'orange dans la peau d'un dos à la courbe généreuse, tâtillonne et exigeante... je me sens alors pris d'une loghorrée, sans papier, sans sac, sans balai à chiottes et surtout sans les médicaments (j'entends le souffleur, chauve et victime d'une infection urinaire, se gargariser sur la marque "Immodium" alors que je cherche le nom du remède, du principe actif, le Lopéramide, merci Google !), pour arrêter de vomir en spray des expressions alambiquées mises en exergue par une syntaxe ma foi fort pompeuse.
Voyez-vous ? Non ? Tant pis... Prêts pour la suite ?
Prenez donc un appartement. Emménagez gaiement un samedi avec votre colocataire masculin barbu et insouciant. Riez grassement dans votre moustache naissante quand l’agent en costume et en voiture familiale neuve vous raconte ses difficultés - d’entrepreneur en costume et en voiture familiale neuve – avec le service clientèle, ou technique (allez savoir) de l’entreprise susmentionnée de télégraphes – les bons vieux « PéTéTés » font tinter un carillon sensible, une nostalgie de l'acronyme – et autres plus modernes et vulgaires télécommunications analogiques et numériques, et vous conseille de raccrocher quand un conseiller FT vous amène sur une pente un peu raide. Jubilez quand vous pouvez voir ce nabab sortir les crocs par réflexe en repensant à ses déboires avec l’opérateur historique…
Faites l’état des lieux dans la plus grande minutie d’un bureaucrate Franco-Prussien « là il y a une rayure presque invisible sur la poignée d’entrée de la salle de bain… ah non pardon c’est un cheveu… NOTEZ-LE QUAND MÊME ». Profitez quelques minutes de la paix intérieure que vous apporte la remise d’une somme de 2000EUR en chèques épars à un caissier en costume et en voiture familiale neuve. Appréciez la chance qui a mis sur votre chemin un colocataire qui avance l'argent, topaze sur l'ongle... Ventrebleu, il ne mettrait jamais un rubis, une pierre rouge sur son ongle voyons, si précieuse soit-elle... Avec ces yeux bleus d'un bleu à vous glacer le sang bleu ! Laissez-vous envahir toutes ces considérations semi-comiques, semi-fuite-en-avant... Soûlez-vous de l’espace gigantesque à votre disposition pour roulez sur vous-même sur une moquette neuve (pour combien de temps...).
Et puis commencez, EDF. Ah non. Pas de réponse… France Télécom ? pas plus… un samedi, il faut peut-être s'armer de patience. Appelez vos amis : Joie ! Joie, Belle étincelle divine, Fille de l'Elysée... (Ah Beethov’…), et vantez-vous des grands espaces, la tranquillité… Comment ça, ils ont eu le téléphone en 20 minutes ? Et l’électricité aussi ? Courage, patience, retournons au fourneau : « votre temps d’attente est estimé à 10 minutes », ça veut dire « attendez 14 minutes, payez avec votre portable, nous raccrochons automatiquement ». On ne dit rien, on essaie encore, on persévère. On est encore deux à en rire. Deux jours après, toujours rien, pas faute d’appeler ! Ah, le mardi suivant, EDF vous accorde le droit d’avoir votre nom sur la facture. Trop aimables… Mais ça avance ! FREUD FREUD… vive la France et le téléphone ! Manque plus que le téléphone…
Maintenant vous pouvez commencer à rire saumâtre. Le samedi soir, sur internet de votre ancien logement, effectuez la commande du déménagement de votre ligne France Télécom vers votre nouveau logement. Donnez l’adresse exacte, appartement, escalier, couloir, circonférence de votre verge au pico-mètre près pendant le visionnement de votre scène préférée de C’est arrivé près de chez vous (moi c’est la scène où le déversoir à cadavre est asséché…). Il vous manque juste le fameux logo… Bah, la dernière fois, ils s’en sont passés… Mardi donc, une hôtesse vous contacte, vous demandant gracieusement de vous grouiller de lui filer le fameux logo parce qu’elle ne trouve pas l’appartement, la dame… Et je passe sur la fleur qu’elle m’a fait « je n’annule pas la commande mais je devrais »… vraiment, trop aimable… Et hop, une journée perdue…
Le lendemain, aux aurores (8h30 tout de même), problème suivant : c’est que « le logo n’existe pas à l’adresse demandée »… « Je ne vois pas ce que ça peut être Monsieur »… Vraiment pas… Votre appartement n’existe pas (ha ha me dis-je, en voila une théorie intéressante, devrais-je la soumettre à ma chère et excentrique professeur de philo d’antan… oui je suis encore à cette étape capable d’entretenir une causticité retenue, un humour jaunâtre de client juste « mécontent »).
Moi, intuitif et pratique, je lui souffle la réponse au problème : et si les anciens locataires étaient en dégroupage total… Surprise totale de l’autre côté du combiné : quelle idée saugrenue ! Je lui dis d’abandonner la commande, et, riant un peu, m’en vais causer à l’opérateur – désormais lui aussi historiquement connu pour la qualité de son service et la compétence humaine et technique de sa hot-line – Free.
Là, je vis un vrai cauchemar éveillé pendant 2 heures. Personne ne parle français plus loin que « bonne journée, monsieur au revoir » ; je me fais couper la parole quand j’articule une phrase plus de 2 questions ; elles (ce sont des « elles » je crois) répondent non à toutes les questions compliquées, refusent de m’indiquer la moindre piste… Un magnifique jeu d’ignorance. Merveilleux… J’en ressors époustouplifié, assommé par tant de vide, tant de haine du client, tant d'abstraction inhumaine… Mon esprit vient d’imploser de tant de frustration instantanée. Je me sens fatigué, d’un coup… "Finalement, FT c’est pas si mal on dirait…" Entre un mal et un pire, choisissons la voie où on peut au moins hurler sur quelqu’un…
On ne sait jamais, une soupape…
De retour à France Télécom, pour la suite